AEMO


 

 

Du même auteur:

 

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      (1657)

MOI JE N'AIME PERSONNE SAUF VOUS
      (1657)

VAIS-JE LE DIRE?
      (1657)

 

 

Arnaut Oihenarte

    (1592-1667)

 

C'est notre premier écrivain non religieux. Il a exercé d'avocat de prestige dans les provinces de Basse Navarre et Soule. Dans sa production nous trouvons une importante histoire du Pays Basque, rédigée en latin et qui définit le pays comme un ensemble harmonieux. Il a également écrit L'art poétique basque, premier travail théorique sur notre littérature. Sa production en basque est l'application pratique de cette théorie: richesse des rimes, invention de nouvelles formes de strophes, exactitude dans la versification, choix et traitement des sujets, un langage culte... Il a écrit par ailleurs un recueil de proverbes. Oihenarte est malheureusement l'exemple dont pendant des siècles la littérature basque a manqué.

 


Hasierako orrialdera

 

 

RECIT DES QUATRE CARDEUSES

        Arnaut Oihenarte , 1657

 

 

La nuit du broyage (de lin), quatre cardeuses

étaient là-bas en train de carder,

qui étaient restées par force assoiffées, et dont personne n'avait pitié.

 

«Si dans quelque temps, se disent-elles les unes aux autres,

pour humecter nos bouches,

nous ne trouvons pas quelque part quelque chose, nous serons bientôt perdues».

 

Cela dit, voici que deux d'entre elles

s'en vont, tout de suite,

de jardin en jardin, tout comme des chasseurs d'oiseaux.

 

Il ne s'est trouvé nulle part de haies

si haut fermées

qu'elles ne les aient enjambées, en sautant comme des volailles.

 

A force d'aller, enfin,

tout près d'être exténuées,

elles pénétrèrent à l'intérieur d'un verger, à la bonne heure.

 

Ayant trouvé là un figuier

tout entier chargé de fruits,

elles se sont mises à le baiser et à l'embrasser, les genoux fléchis.

 

«O arbre aux larges feuilles

(disent-elles), puisses-tu être longtemps aussi

productif, aussi fécond que tu l'es maintenant ;

 

C'est toi qui es le premier entre tous les arbres,

le meilleur et le plus beau ;

heureuses tes feuilles et tes branches ! heureux tes fruits !

 

Non, ce n'est pas celui

qu'Eve notre aïeule mangea, autrefois,

qui devait être appelé le fruit de vie, mais bien toi, ô figue !

 

Car c'est pour s'en être nourrie

qu'Eve devint mortelle,

et que toute sa descendance fut contaminée du même mal.

 

Tandis que grâce à toi, ô figue,

après avoir été tout près de mourir,

nous garderons, nous, nos vies, ayant reçu de toi la santé».

 

Aussitôt l'une saute aux branches,

et elle se met à casser des rameaux,

l'autre à secouer l'arbre.

 

Comme elles en ont ramassé

toutes deux plus qu'elles n'en peuvent porter,

voici que, de la carderie, la troisième vient à elles.

 

La quatrième, restée seule,

ne sachant plus que faire,

par crainte des sorcières et des voleurs, courut à la maison voisine.

 

Après qu'elle eut frappé à la porte,

discrètement, un jeune garçon

de la maison lui apparut, semblable de visage à une damoiselle.

 

Croyant que c'était une damoiselle,

elle lui révéla son inquiétude,

et lui demanda aussi une petite gorgée d'eau ou de vin.

 

Lui, ayant su ce qu'il en était,

après l'avoir fait entrer,

lui offrit du lait, tiré de sa grande cruche.

 

Et au sortir de là il l'accompagna

de très bon coeur à la carderie,

et y fit même un tour de cardage avec elle.

 

Puis ayant entendu, de loin,

le bruit des autres qui venaient,

ils se séparèrent après s'être donné, vite, un baiser et une embrassade.

 

Dans l'intervalle, voici que,

saut après saut comme des grenouilles,

arrivent les trois autres, portant leurs tabliers pleins de figues.

 

La quatrième, (devenue boudeuse),

fit semblant de se fâcher

parce que, la troisième l'ayant laissée là toute seule, elle était restée abandonnée ;

 

Voici ce que lui répondit la troisième :

«Ce n'est pas moi qui ai tort,

mais toi-même, c'est ta faute si tu n'es pas venue avec moi».

 

Le garçon qui se tenait près de là à les regarder,

resta un moment à se demander

ce qu'il pouvait faire en cette occasion.

 

Puis s'étant rendu compte que,

comme le font les jeunes, de la dispute en paroles

elles pourraient en venir aux mains, de sa cachette il alla au milieu d'elles.

 

Là, s'étant mis en conciliateur,

pour apaiser les querelleuses,

il envoya chercher du vin afin de le marier avec les figues.

 

Quelque temps après, la paix conclue,

le vin aussi pour lors étant venu,

on le vida avec les figues, sans qu'il en restât de trop.

 

 

Traduction: René Lafon / Jean-Baptiste Orpustan

Version originale: LAUR KARBARIEN ERESIA

 

© Arnaut Oihenarte    

© Traduction: René Lafon / Jean-Baptiste Orpustan    

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